Dans un paysage de la communication visuelle largement dominé par les impératifs commerciaux, la signalétique occupe une position singulière et, à bien des égards, unique. Rappelons d’abord ce qu’est l’humanisme: ce courant de pensée place l’être humain au centre de ses préoccupations, valorisant sa dignité, son autonomie et son bien-être collectif. L’humanisme affirme que la société et ses institutions ont une responsabilité envers chaque individu, indépendamment de son origine, de sa condition ou de ses capacités.

Projet illustré: Northern Beaches Hospital, 2018, par Urbanite
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Or, la grande majorité des disciplines du graphisme – publicité, identité de marque, design d’emballage, marketing digital – s’inscrivent fondamentalement dans une logique de persuasion au service d’intérêts économiques. Elles mobilisent les ressources de la forme, de la couleur et du langage pour influencer les comportements d’achat, construire des désirs artificiels et fidéliser des consommateurs. En ce sens, elles participent d’une propagande commerciale, souvent sophistiquée, qui place le profit avant la personne.

La signalétique obéit à une tout autre finalité. Qu’il s’agisse de guider un voyageur dans un aéroport, d’indiquer une sortie de secours, d’orienter un patient dans un hôpital ou de rendre un espace urbain lisible pour tous, elle est au service de l’usager. Elle ne cherche pas à vendre ni à séduire, même si elle intègre parfois des éléments d’identité de marque, même si elle tient compte de l’environnement architectural, même si elle aspire elle-même à une certaine esthétique: elle cherche avant tout à aider. Elle présuppose un individu libre, en mouvement, qui a besoin de repères pour agir de façon autonome. Mieux encore, une bonne signalétique pense à ceux qui voient mal, qui ne lisent pas la langue locale, qui sont âgés ou qui se déplacent en fauteuil roulant. Elle est, par nature, inclusive.

C’est en cela que la signalétique est l’une des rares pratiques graphiques véritablement humanistes: non pas parce qu’elle est belle ou neutre, mais parce qu’elle place le bien commun, les objectifs et la dignité de chaque personne comme critère premier de sa réussite.